L'élevage des
Lycaenidae est réputé difficile.
- Les femelles refusent souvent de pondre,
- les chenilles, presque toutes myrmécophiles, sont impossibles à élever,
- les chrysalides, pas plus que les oeufs, ne passent l'hiver...
Voici un florilège de ce que j'ai pu entendre quand j'ai décidé, il y a quelques temps de cela, de me lancer dans l'élevage des espèces de cette famille.
Il y a incontestablement du vrai dans tout cela, mais il faut tempérer.
Peu de chenilles sont "myrmécophiles strictes". C’est à dire que seules quelques espèces exigent une fourmilière pour mener à bien l'élevage (
Maculinea essentiellement). Certes, la présence des fourmis permet souvent de maintenir la bonne santé de l'élevage. Toutefois, leur absence ne signifie pas que l'élevage est irréalisable.
Les déboires de l'hivernage peuvent être déjoué.
Enfin, quelques conseils permettent d'obtenir aisément de belles pontes.
Je vais essayer de les synthétiser ici, à partir de ma modeste expérience.
1/ La ponte
Mon objectif est de décrire le plus simplement possible le dispositif à utiliser pour obtenir des pontes de
Lycaenidae.
Je prendrais comme référence l'élevage des cuivrés (genre
Heodes notamment). Mais la technique convient aussi pour les
Polyommatinae.
Pour les espèces qui posent des complications, j'essayerai de faire des fiches spécifiques. Cela concerne essentiellement, les espèces qui refusent de pondre ailleurs que sur les fleurs (certains
Plebicula par exp.).
- première étape : identification de la plante hôte -
Cela va de soit, mais les lycènes sont en la matière plus capricieux que beaucoup d'autres lépidoptères.
Tout d'abord, il faut bien admettre qu’à l’exception des espèces classiques la littérature est parfois un peu approximative. On aura ainsi bien du mal à élever les
Lysandra méditerranéens sur les légumineuses du genre Lotus.
De surcroît, si certains Lycaenidae sont capables d'exploiter plusieurs PHL sur leur aire de répartition, la chenille ne se montre pas pour autant polyphage. Par exemple
T. ballus exploite près d'une dizaine de PHL sur l'ensemble de son aire de répartition, toutefois en élevage la femelle ne pond spontanément que sur sa plante locale.
- Dispositif de ponte -
Les cages classiques avec une plante en pot font tout à fait l'affaire. Mais le résultat n'est pas garanti.
Pour ma part, je ne les utilise pas. J'obtient de bien meilleurs résultats avec des petites boites en plastiques - 25 cm*10cm*5cm (= j'appellerai pompeusement cela : « élevage conditions labo. ». La vertu de cette expression est de souligner que la technique permet de se lancer dans l'élevage des
Lycaenidae même lorsqu’on habite en appartement).
Je me contente d'aménager le couvercle avec une petite gaze, afin de permettre une circulation d'air.
L'avantage, est que cela permet d'une part, de facilement réguler la température et, d'autre part, de placer les PHL en contact avec le couvercle.
Ces deux choses sont essentielles.
*Les femelles de
Lycaenidae pondent lorsqu'il fait chaud et que le soleil brille !
Elles se maintiennent la plupart du temps sur la gaze. Le fait que la PHL touche la gaze entraîne un contact fréquent et suscite la ponte.
Les boites aménagées doivent donc être placées de façon à recevoir en directe la lumière du soleil, en ménageant une partie ombragée pour que les femelles puissent se reposer. Il faut également vaporiser régulièrement pour préserver une atmosphère légèrement humide.
Attention, il ne faut pas laisser les boites en plein soleil, notamment aux heures les plus chaudes, sinon c'est l'hécatombe assurée.
La meilleur solution consiste à placer la boite près d'une fenêtre dans une pièce très lumineuse.
*La chaleur est importante. La température idéale de ponte se situe, selon les espèces, entre 25° et 30 °.
Si le soleil est capricieux, nombre d'espèces pondent aussi sous la lumière halogène (mais les pontes seront moins importantes).
Enfin, il faut approvisionner les femelles en nourriture au moins deux à trois fois par jour. Toutes les techniques se valent plus ou moins : Fleurs fraîches (notamment les scabieuses), coton enduit de miellée, et pour certaines espèces (
Callophris,
Scolitantides, etc.) les fruits.
Dans ces conditions, il n'est pas rare de maintenir en vie une femelle plus de 15 jours et d'obtenir une ponte importante.
Attention, c'est un élément à ne pas sous-estimer. Des espèces comme
L. bellargus, L. hispanus, ou encore
T. dispar peuvent pondre une grande quantité d'oeufs (70-150).
Or, il n'est pas toujours facile d'élever une telle quantité de chenilles. La pHL viendra rapidement à manquer, surtout pour les espèces qui vivent sur de petites légumineuses. Sans compter, que plus le nombre augmente, plus les risques de maladies virales et de mycoses sont élevées.
Par ailleurs, nombre d'espèces n'apprécient pas particulièrement la vie en société et peuvent développer des comportements cannibales.
Dernière élément, le choix de la femelle. Dans la nature, il est bien rare que l'on capture des femelles vierges. Toutefois, par prudence, on préfèrera une femelle qui a déjà quelques jours de vol.
Faut-il capturer plusieurs imagos ?
Pas nécessairement. Dès l'instant qu'elle est fécondée (je n'ai jamais pris de femelle qui ne le soit pas), une seule femelle procurera suffisamment de matériel pour démarrer une souche captive.
On peut même tout à fait envisager de relâcher l'exemplaire capturé une fois obtenu une bonne quantité d'oeufs.
Une fois la ponte obtenue, il faut passer à l'élevage proprement dit.
Ce qui sera l'objet d'un prochain post.
Chenilles de S. orion :

et l'imago !
