A l'occasion de la rédaction de quelques conseils sur l'élevage des Lycaenidae, j'avais évoqué les difficultés liées à la myrmécophilie (association symbiotique entre chenille et fourmis).
Après de nouvelles expériences estivales, je me propose de faire un petit point rapide sur quelques observations intéressantes.
J'avais souligné que la myrmécophilie ne représentait un obstacle infranchissable que pour les espèces parasitoïdes (càd. celles dont les chenilles se nourrissent du couvain, voire des fourmis...).
Il me faut revenir sur cette affirmation à double titre :
1/ D'une part, pour confirmer mon intuition initiale.
Ainsi, contre l'avis de plusieurs collègues aguerris, j'ai tenté d'effectuer l'élevage de L. idas calliopis sans "l'aide" des fourmis. L'espèce est connue pour être particulièrement myrmécophile. Les imagos, notamment femelles, ne quittent guère les environs immédiats de la fourmilière qui abrite les chrysalides. A tel point que ceux qui se lancent dans une observation prolongée du comportement de ce lycène subissent bien souvent une attaque en règle.
L'élevage complet de l'oeuf à l'imago sans introduction de fourmis est donc réputé très difficile.
Pour autant, en respectant des conditions d'hygiène très rigoureuses (nourriture fraîche deux fois par jour, nettoyage quotidien, désinfection des réceptacles d'élevage plusieurs fois en cours d'élevage, etc.), je n'ai rencontré aucune grosse difficulté.
2/ D'autre part, pour la modérer quelque peu.
En effet, j'ai également eu l'occasion de réaliser l'élevage complet de Plebicula nivescens. Elevage complet peu ou pas réalisé jusqu'alors (??).
Je n'avais aucune appréhension en démarrant celui-ci. Ayant connu quelques expériences avec d'autres Plebicula (thersitese, dorylas, etc.), je pensais pouvoir procéder de même, et donc me passer de l'introduction de fourmis. D'autant que la littérature disponible, évoque une myrmécophile simple, sous entendu facultative.
Je fus ainsi très surpris de perdre la plupart de mes chenilles. Celles-ci périssaient, vraisemblablement à la suite d'infections (mycoses??) contractées du fait de leur grande "saleté" ! (je résume)
Devant ces complications, j'ai décidé de transférer une partie de la ponte sur un pot contenant la PHL (Anthyllis vulnéraire) et une petite colonie de fourmis (le tout sur mon balcon). La prise en charge par les fourmis a été instantanée. Les relations entre fourmis et chenilles se sont révélées intenses, de même que les soins apportés aux chrysalides.
Les fourmis prenaient notamment soins d'évacuer les déjections des chenilles et de nettoyer leurs abdomens afin de les maintenir "propres". Sans parler des possibles vertus antibiotiques de leur "salive".
Bref, une myrmécophilie apparemment simple, car non parasitoïde, s'est révélée ici indispensable.
Il n'est bien entendu pas possible d'en tirer une conclusion générale en affirmant que P. nivescens ne peut être élevé sans fourmis. D'autres facteurs on pu influer sur la bonne fin de mon élevage en condition labo (température, ensoleillement, etc.).
Simplement, c'est l'occasion de noter, pour ceux que cela tenteraient, que l'élevage des Lycaenidae et des fourmis n'est pas si difficile. J'essayerai d'y revenir
Yvan
