Suite à quelques déboires dans mes élevages (je ne dois pas être le seul vu les posts qui fleurissent régulièrement),
Je me suis renseigné sur les maladies de nos chères petites chenilles et je vous en propose une synthèse.
Le document principal de référence est l'ouvrage "le ver à soie, guide l'élevage rentable" de Robert Cherubini
des éditions de Vecchi daté de 1996.
Il traite de l'élevage du Bombyx Mori mais également des espèces produisant des soies colorées, donc A.Pernyi et S.Ricini.
Je pense que la plus part des Saturnidaes peut également être concernée.
Je tiens à dire, dès le départ, qu'il n'existe pas de traitement valable pour des chenilles malades: un élevage contaminé
est malheureusement souvent perdu et la seule chance de survie des chenilles non atteintes est leur isolation dans un milieu
sain et la destruction totale des animaux présentant des symptomes!...
je sais: ça fait mal au coeur de détruire une chenille L5 d'un actias hyper rare que l'on a mis 2 ans à trouver!
Voici d'abord les 2 maladies les plus dangereuses et les plus connues des élevages de grande taille, de part les épidémies
qu'elles causèrent.
1. la muscardine:
- symptomes: souvent en L1 et L2, les chenilles deviennent moins mobiles, ne s'alimentent plus,se couvrent d'une fine
poudre blanche avec quelques taches claires, rétrécissent, s'incurvent et durcissent.
La mort survient rapidement en 1 à 2 jours.
- origine: un 'champignon" (basidiomycète: Crivelli Beauveria Botrytis Bassiana) donc les spores germent sur la peau
de nos chenilles dès que les conditions sont favorables (humidité élevée, chaleur, nourriture humide).
Elles introduisent alors un hyphe dans le corps de la chenille et se développent rapidement en un mycélium qui prend tous les organes.
Elles perforent alors de nouveau la peau pour produirent des terminaisons sporulantes qui recouvrent la chenille.
- contamination: maladie très contagieuse, essentiellement par voie aérienne (rarement intestinale), les spores sont entrainées
par le moindre souffle d'air et la contamination de tous l'élevage est rapide si les conditions sont favorables: humidité permettant
la germination, espace clos et confiné (c'est souvent le cas de nos boites de L1 !!!)
- solutions: isoler et détruire au plus vite les chenilles atteintes, ventiler avec de l'air frais et sain, sécher pour
défavoriser la germination des spores, traiter les cages contaminées vides au soufre ou au formaldéhyde.
2. la pébrine:
- symptomes: baisse de l'appétit, atrophie lente, taches noires ou rouges sur tous les stades même le papillon (ailes froissées
et taches noires)
- origine: spores de protozoaires dans la lymphe et les oeufs (Microsporidio Nosema Bombycis Naegeli)
- contamination: très contagieux mais transmise essentiellement par les oeufs d'une génération à l'autre (quelques cas par les feuilles
polluées par les chenilles atteintes) La spore peut en effet être transmise par la femelle à ses oeufs (pas par le male: le micropyle des
oeufs étant largement plus petit que les spores)
- solutions: une sélection stricte des oeufs, ceux des individus atteints (symptomes ou présence de spores visibles au microscope
dans la lymphe et les oeufs) devant être détruits.
Les maladies suivantes sont moins contagieuses mais sont également assez courantes.
3. la grasserie (ou jaunisse)( valable pour toutes les races 'colorées'):
- les chenilles, surtout en L3 à L5, deviennent jaunes, avec un tégument translucide et tendu qui limite rapidement la mobilité et
interdit les mues, entrainant la mort en 1 à 2 jours.
La peau se fend et laisse écouler un liquide trouble jaunatre, qui peut salir le cocon quand la chenille a réussi à le tisser.
- origine: un virus apparement mal identifié car peu étudié, la maladie étant peu contagieuse.
- solution: élimination des individus atteints (contagion par contact avec les feuilles souillées), une bonne hygienne d'élevage
(nourriture fraiche, ecages propres et aérées) et un croisement régulier des souches pour favoriser les défenses immunitaires.
4. la flacherie:
- symptomes: Surtout en L5 et avant tissage, où la chenille devient anorexique, immobile, flasque, tachée de noir, émmétant des
excréments liquides et finissant par pourrir avec des écoulements nauséabonds. En cas de tissage du cocon, la chrysalide pourrie et noircit
le cocon.
- origine: purement physiologique, elle vient d'une altération du système digestif qui entraine un développement incontrolé de la
flore intestinale (streptococus bombycis, bacillus) qui finissent par attaquer les tissus de la chenille.
Une mauvaise incubation des oeufs, des températures et humidités inadaptées, une alimentation trop abondante ... peuvent entrainer ses troubles.
- solutions: se procurer des oeufs sains de souches croisées et respecter l'hygiène et les conditions d'élevage de l'espèce.
5. la gattine:
- symptomes: à tous les ages mais souvent en L4 et L5, le corps de la chenille se ratatine, se raccourcit, devient gris; la chenille ne
s'alimente plus, a des diarrhées et des vomissements (gouttes jaunatres sur les mandibules). L'évolution est lente et la mort survient après 7 jours!
- origine: même cas que pour la flacherie, les troubles fonctionnels digestifs entrainent la prolifération des flore intestinales
( micrococcus bombycis) qui attaquent alors le tissus.
- solutions: pas de contagion à proprement parler, comme pour la flacherie, mais des effets de masse dus à de mauvaises conditions d'élevage
ou à une nourriture de mauvaise qualité (feuille jeunes, humides, pourries...).
Là aussi le strict respect de bonnes conditions d'élevage et d'alimentation, surtout en cas de forte concentration, permettent de rétablir la situation.
Enfin pour finir et récompenser ceux qui ont eu le courage de tout lire: les moyens de désinfection conseillés par le dis ouvrage.
!Attention: les produits cités sont adaptés aux gros élevages de séricicultures avec des locaux de 300 m carrés; de plus leur manipulation
est souvent dangereuse, et je déconseille au jeunes de les utiliser sans l'aide d'un adulte informé!
Techniques hors élevage:
- combustion de soufre dans l'enceinte qui produit de l'anhydride sulfureux (gaz toxique) et maintient de la cage close durant 24 heures.
- ébullition de formaldéhyde (solution à 40%) ou pulvérisation (solution < 4%) et maintient de la cage close durant 48 heures.
- pulvérisation de chlorure de chaux (dilué à 5% dans de l'eau) sur les parois et instruments, et maintient de la cage close durant 48 heures.
Techniques douces utilisables durant l'élevage (à voir dans nos 'petites cages!):
- antisapril (ou oxychlorure) en solution à 4%,
- lysoforme (aldéhyde formique) en solution à 5%.
Voilà où en sont mes connaissances.
Je pense que l'expérience de chacun et une bonne observation de nos petits 'désastres personnels', nous permettra de préciser tout ceci.
A vos crayons virtuels... (je vais reposer mes doigts !) )